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Lu dans le journal l’Indépendant (5 avril 2025) :

Au 30ème salon de la Photo organisé par les Amis des Beaux-Arts de Saint-Omer, c’est par un superbe paysage du marais audomarois que Carl Peterolff accueille les visiteurs.

Carl se plait à expliquer inlassablement sa démarche à tous ceux qui viennent le voir. Laissons-le parler : « Cet endroit du marais, je l’ai soigneusement choisi. Le chemin qui serpente crée une ligne de fuite qui apporte la profondeur. Placé sur la gauche de la photo, un peuplier donne une épaisseur et équilibre le paysage. Cet effet ne pourrait pas exister si j’avais placé l’arbre au milieu ! » insiste Carl.

Lorsque l’on regarde attentivement la photo, on se demande si ce ne serait pas une peinture. Il n’en est rien. Carl explique que ses tirages sont réalisés sur du papier allemand Hahnemühle, mat, qualité musée. Ce papier, qui existe depuis le XVIIème siècle, est également utilisé par les aquarellistes. Ajoutons que, dans le souci d’éviter les reflets, il n’y a pas de vitre pour protéger les photos.

Avançant dans l’exposition, on découvre deux variantes de la photo initiale : l’une prise par temps de neige, l’autre lors d’une inondation. Y a-t-il encore d’autres variantes ? Carl reprend : « je me rends chaque quinzaine à 9 heures au même endroit depuis trois ans. Je saisis toutes les variations de luminosité sur une longue période et je me demande comment je pourrais valoriser les 1 200 clichés que j’ai réalisés à cet endroit ».

Cette phrase explique pourquoi la mer est majoritaire dans les photos de Carl. Ayant grandi à Calais, il y retourne chaque semaine pour photographier. Regardons trois photos :

La lumière saisie sur une vague dans la tempête, avec les nuages de sable soulevés par un vent soufflant à 130 km/h, nécessita l’utilisation d’un appareil soigneusement protégé et actionné en mode rafale.

Les mouettes, qui se laissent porter par les vents déchaînés, semblent immobiles et majestueuses.

Le caractère dramatique d’un ciel de traine, photographié le lendemain d’une tempête, a été accentué en utilisant Photoshop, célèbre logiciel de retouche.

On constate que ces photos ne sont pas des « cartes postales » traditionnellement réalisées par beau temps. Avec Carl, c’est l’inverse. Cela correspond à son « goût pour les chansons tristes » qu’il exprime en choisissant de photographier lors du « mauvais temps ». Carl précise : « L’art photographique, c’est l’art d’interpréter un paysage ».

Un mouche commune du littoral de la région, mesurant 2 cm, atteint plus d’un mètre sur une photo. Sa netteté parfaite permet au visiteur d’en découvrir toute la complexité. Carl, qui s’est assuré auprès du Parc Naturel Régional que sa démarche était recevable, explique avoir obtenu ce résultat en utilisant un appareil monté sur chariot et photographiant micron par micron, ce qui a permis de résoudre le problème de la profondeur de champ. Réaliser une telle photo demande une journée de prise de vue suivie d’une semaine de travail à l’ordinateur.

Il s’agit d’une boite en bois, réalisée artisanalement, avec 5 objectifs placés tout autour. Le sténopé permet de réaliser 5 photos en Noir & Blanc, côte à côte, sur un même négatif, ce qui permet de raconter une histoire. De gauche à droite, on voit un rhinocéros, qui symbolise la Loi Littoral, menacer les chalets de plage qui ont effectivement été détruits, et dont Carl est nostalgique.

Carl Peterolff est aussi un amoureux du Patrimoine et il réalise actuellement sur trois ans un inventaire photographique minutieux de la cathédrale. Comme l’a dit Bruno Humetz lors du vernissage : « A travers son objectif, nous découvrons des lieux que nous pensions connaître… Carl parle un langage universel, celui de l’émotion… La photographie est un art majeur, un art qui relie au monde et aux autres, un art qui capte l’éphémère pour mieux le rendre éternel ».